En Allemagne,
la règle, c'est la règle. L'exemple le plus flagrant en est probablement le 11è commandement: “Tu ne traverseras point au feu rouge”. Pas besoin d'ajouter: même si tu as une excellente visibilité et qu'il n'y a personne en vue ni d'un côté ni de l'autre. Non. En Allemagne, tu ne le fais juste pas.
(Ce qui suit s'applique également à nombre de situations différentes, tels les comportements individuels dans des lieux comme les transports en commun, les cinémas, les commerces etc.)
L'avantage de se soumettre aux règles sans les interpréter d'aucune façon, c'est que tu sais quoi faire en toute situation. Pas besoin de réfléchir, ni de te poser de questions. En plus tu peux regarder méchamment voire crier sur tout contrevenant. (Cela dit, la plupart du temps, l'Allemand moyen ne prend pas plaisir à crier sur les autres. Tu prends plaisir à respirer toi en général ?)
Moi qui suis français (mais à peine, j'te jure), j'étais plus naturellement du type:
la règle c'est la règle mais s'il n'y a pas de flic personne, tu peux l'enfreindre. Cette lecture du principe même de “règle” a non seulement l'avantage de te permettre de ne pas glander comme un idiot à un feu rouge alors qu'il n'y a personne à laisser passer mais en plus elle ouvre la porte à d'innombrables rouspétances en règles (justement). Et dire que dire que le Français moyen aime à rouspéter est un euphémisme est un euphémisme¹.
En effet, le Français est très attaché à la rouspétance. Pas en général et pour n'importe quoi. Non. (Enfin si mais là n'est pas la question.) Le Français moyen est attaché à son droit à râler dans le cas où quelqu'un, se pensant seul, enfreint la règle au détriment de sa petite personne qui était pourtant là bien qu'indétectée. Dans ce cas, le Français moyen ne râle pas un petit peu. Non. Il n'est vraiment pas content et il le fait savoir. En quelque sorte, le français aime râler et quand il a le droit de le faire, il en jouit (de son droit, hein). Avec toute la hargne du bouledogue français.

Le français moyen bouledogue français.
La personne qui se fait incendier se sent mal en général (non pas d'avoir fait un truc interdit mais de s'être fait repérer), ce qui procure un sentiment de satisfaction bien légitime au râleur. Parfois la personne incendiée se rebiffe. Les hormones s'échauffent, ce qui produit également un sentiment de satisfaction, de manière si intense qu'il est suivi de jambes flageolantes et d'une suée, lorsque la situation se calme enfin.
On se sent vivant.
Bref, tout ça pour que tu en arrives là où j'en suis (Dieu que tu es lent !). Français, ayant vécu en Allemagne pendant deux ans, je suis depuis un mois déjà en Italie. Et bien l'Italie, c'est n'importe quoi. Outre que les gars ont les cheveux longs mais pas de culotte, les règles ici ne sont là qu'à titre indicatif. Quand tu ne sais
vraiment pas quoi faire dans une situation, tu peux toujours te rabattre sur la règle. Mais si tu as une autre idée, tu peux te lâcher. Si tu es au volant, tu peux couper la route à un piéton engagé sur un passage du même nom et, si ça te chante, tu peux même klaxonner pour être sûr qu'il s'arrête et te laisse passer.
Le piéton en question va s'arrêter, te laisser passer et reprendre sa traversée de la route. Pas un cri, ni un signe d'énervement. Pas même un hochement de sourcil. Parfois ... oui parfois j'ai frémi à la vue d'une réaction. L'expression d'une légère irritation: une belle injure accompagnée d'un geste du bras très dramatique. Mais même dans ce cas la personne à qui c'était destiné était en général déjà bien loin et s'en souciait autant que de la dernière tournée de Mireille Mathieu.
Bref, non seulement les règles sont bafouées à chaque instant, mais ton droit à l'engueulade est méprisé. Que tu sois Allemand, Français ou entre les deux, l'Italie c'est l'enfer.
_________
¹ La phrase:
Et (dire que)n le Français moyen aime à rouspéter (est un euphémisme)n, étant vraie pour tout
n, je soupçonne que la hargne du Français moyen a un côté exponentiel.